Signes identitaires
Identifions, à partir des
décors suivants, quelques signes, culturellement marqués
et classés selon la grille de Berger (Signs in contemporary culture,1984,
p.96):
- DRAPEAU
celui de Singapour et celui de Chine
(figure 1.3)
- NOURRITURE:
pistaches rouges et baguettes chinoises
sur la table de picnic (figure 1.3)
- SYMBOLES:
la croix, symbole du catholicisme
auQuébec...
(figure 1.2)
- ARCHITECTURE:
l'église pour le Québec...
(figure 1.2)
- PRODUITS/OBJETS:
le baton de hockey et les patins
pour le Québec
(figure 1.4)
- CONTEXTE/ACTIVITÉS:
la pêche sur glace pour le
Québec (figure 1.4),
le bord de l'eau pour le Bangladesh,
Singapour, la Chine, la Grande Bretagne, le Pérou.
Exemples d'écriture
verbo-iconiques
Figure 1.2
. (jeunes francophones Groupe 1)

Métaphorisation
par l'image d'un espace rural l'été, de jour, où dominent
des objets symboliques comme la croix, symbole du christianisme et de la
présence d'un cimetière.
Devinettes liées à
la figure 1.2 
1. J’ai abrité des
fantômes et des trésors.
Je connais la nuit, le jour, Les
tempêtes et le beau temps.
Je suis souvent attendu.
Qui suis-je?
2. Je protège la pelouse
et les fleurs,
Car mon ruban de cailloux
Se fait piétiner.
Qui suis-je?
|
3. Mon premier est la première
syllabe du mot cheval.
Mon deuxième est un membre
du corps humain.
Mon tout trace une direction.
Qui suis-je ? |
Figure 1.3. (adultes
allophones, Groupe 2)

Hiérarchie perceptuelle du vivant
(le papillon), mouvant (les drapeaux, la mer..) et statique (la montagne
en arrière-plan).
Devinettes liées à
la figure 1.3 (Chine et Singapour) 
1. Ce sont deux frères
Élancés et faits en
bois.
La cuillère et la fourchette
sont leurs amis.
Ils travaillent côte à
côte.
Leur travail est d’aider à
déguster des choses délicieuses.
Qui sont-ils ?
(les baguettes)
2. J’habite dans une maison
Où la surface extérieure
est rugueuse.
Je porte une cape rouge.
Je suis un trésor blanc et
ovale.
Qui suis-je ?
(une pistache) |
3. Une lune courbe avec cinq
étoiles.
Le rouge contraste avec le blanc.
C’est très joli.
Malgré le jour ou la nuit,
Il flotte dans la moitié
du ciel.
Qui est-il?
(le drapeau de Singapour). |
Figure 1.4. Groupe 1 (jeunes
francophones)
Mise en scène d'hiver, la
nuit sur le lac des Deux Montagnes.
Hiérarchie perceptuelle du vivant
(personnage en avant-plan), indices de vivant (patins, baton de hockey,
4x4/tout terrain rouge), mouvant (étoile filante,
cerf-volant, fumée de la
cheminée...) et statique (la forêt en arrière-plan,
la maison à droite, le sapin
... ).
Devinettes liées à
la figure 1.4
1. Je suis dure.
Je suis souvent chaud.
Mon amie est la ‘’ boucane’’ (fumée)
.
On m’utilise souvent l’hiver.
Qui suis-je?
2. Mon premier sert à
avancer.
Mon deuxième est une couleur
de peau,
plus claire ou plus foncée.
Mon tout sert à glisser sur
la glace.
Qui suis-je ? |
3. Je peux être artificielle
ou naturelle.
Si tu fermes les yeux tu ne me vois
plus.
J’illumine le temps des fêtes.
Tout le monde a besoin de moi.
Qui suis-je?
4. Je peux voler
Mais je n’y arrive pas seul.
Je peux être multicolore.
Je suis un bon divertissement
Été comme hiver.
Qui suis-je? |
|
«L’image montre, elle donne
à voir. Souvent en montrant elle raconte. [….] Comme
dans toute proposition narrative, le récit porté par une
image demande un important travail de coopération du spectateur.»
Catherine Saouter, Le langage visuel, édition XYZ, Montréal,
1998, p. 85.
Résumé
L'approche
dont il fut question s'appuie sur une méthode d'apprentissage où
l'image fut le relais indispensable à la résolution de problèmes
langagiers. Cette approche fut développée dans le cadre d'un
projet de médiation langagière où deux albums jeunesse*,
exploitant des univers fantaisistes et poétiques très différents,
ont servi de point de départ pour explorer le jeu verbal des devinettes
auprès d'élèves en classe régulière
et en classe de francisation. Ces albums ont joué le rôle
de modèles afin de favoriser l'observation active. Ce type d'apprentissage
par observation a favorisé l'acquisition de nouvelles pratiques
langagières chez les apprenants et la consolidation de compétences
cognitives, affectives et sociales. Ce projet a impliqué la participation
de deux groupes jumelés à distance et distincts en
termes d'âge, de langue d'origine et d'environnement (physique, culturel,
social et personnel). Un premier groupe fut constitué de jeunes
élèves francophones du primaire (11-12 ans) et un deuxième,
d'adultes allophones inscrits dans un programme gouvernemental en francisation.
Chaque groupe fut d'abord sollicité comme lecteur avant de devenir
auteur de devinettes. Le groupe des jeunes francophones, vivant en région
rurale québécoise, au bord de l'eau, a eu comme mandat de
créer des devinettes à partir de décors s'inspirant
de leur région, et de les faire connaître au groupe d'allophones
de Montréal. Ces devinettes jeunesse ont été validées
par ce groupe d'adultes. Ces derniers ont également conçu
des devinettes ancrées dans des décors puisés, entre
autres, sur Internet, puis adaptés au contexte socioculturel de
leur pays d'origine. Ces devinettes pluriethniques ont été
validées, à leur tour, par le groupe des jeunes francophones.
Problématique
Avec la réforme de l’éducation
au Québec depuis 2001 qui a impliqué une refonte des programmes
de formation des jeunes, c’est une approche par compétences qui
change radicalement la conception de l’enseignement/apprentissage. De plus,
la volonté de mieux préparer les jeunes à leur insertion
dans la société marque cette réforme en profondeur.
Étant donné l’importance toujours grandissante des clientèles
allophones, cette insertion devient une préoccupation de plus en
plus forte et un enjeu majeur.
La réforme cependant accorde
une place pour le moins ambiguë à l’éducation aux médias,
comprise davantage comme une éducation citoyenne, sans accorder
de place à l’étude de l’image comme langage complémentaire
à celui de la langue ni comme contenu à structurer et obéissant
à des codes non seulement techniques mais aussi anthropologiques
(du côté du lecteur). Enfin, l’éducation à l’image
n’est pas inscrite comme objet d’études dans les programmes de formation
initiale des futurs enseignants dans les universités québécoises
francophones. La principale éducation aux médias qui se fait
depuis quelques années est celle aux nouvelles technologies, dans
une perspective d’abord utilitaire, au service de l’enseignement.
Nous avons donc voulu, à
travers ce projet d’intervention, démontrer qu’une éducation
à l’image, qui tient compte de la culture d’origine et du contexte
socioculturel dans lequel vivent les élèves, est non seulement
complémentaire au travail sur la langue, mais contribue au pouvoir
évocateur des mots et stimule l’écriture. De plus, les approches
appliquées en enseignement d’une langue profiteraient de cette intégration
de l’image non seulement comme véhicule d’un contenu mais
comme procédé métaphorisant. Les élèves
en classe d’immersion en particulier pourront ainsi mieux structurer des
contenus à rédiger, en vérifier la cohérence
à partir de l’image et affirmer leur identité comme êtres
sociaux différents des autres, comme membres solidaires d’une équipe,
d’un groupe classe, d’une communauté métissée.
Un peu
de théorie sur la perception …
Si dans tout message communiqué,
quels que soient la forme adoptée et le support pour le diffuser,
il y a une dimension relationnelle entre les deux pôles de la communication,
il y a aussi une autre dimension liée au message et c’est celle
de la perception. Cet axe joue le rôle d’intermédiaire «
[...] entre une réalité et l’image de cette réalité»
(Durand, 1981: 58). Il nous apparaît important de réintroduire
le sujet percevant de façon opérationnelle afin de tenir
compte du rôle de représentation impliqué, lorsqu’il
s’agit de travailler avec des élèves sur des images détentrices
d’un sens à découvrir ou d’un sens à donner. Cette
forme d’échange qui s’instaure impliquera la perception de composants
visuels, organisés selon une certaine hiérarchie (Almasy,
1990: 33-35) , ainsi que la construction d’un raisonnement. La hiérarchie
perceptuelle s’observe dans la composition visuelle d’une image et situe
le vivant en priorité, puis le mouvant et enfin le statique. C’est
au moment de la lecture proprement dite de l’image que les composants s’ordonnent
selon cette hiérarchie: i) le vivant ou indice de vivant renvoie
à un sujet doué de vie (personne ou animal); ii) le mouvant
(mobile) renvoie à un objet qui peut bouger, se déplacer
ou être déplacé dans l’espace (une voiture, les nuages,
le feuillage dans les arbres...) ou le temps (croissance d’une plante);
enfin, le statique (fixe) renvoie au décor qui est immuable et dans
lequel évoluent les composants mobiles et vivants. Le vivant s’impose
généralement avant le mouvant, c’est un phénomène
psychologique, en partie redevable à la présence du regard,
mais la couleur joue également un rôle prégnant. Et
si le mouvant adopte une place privilégiée dans l’espace
du cadre ou de la page (en avant-plan) et si sa couleur accroche, tel le
rouge, alors il pourra s’imposer avant le vivant.
Cette lecture hiérarchique
fut exploitée lors des deux principales étapes de notre intervention
auprès des élèves, en mode lecture d’images (amorce),
puis en mode écriture lors de la création du décor.
L’exemple, à la figure 1.1 (note de fin), illustre la hiérarchie
perceptuelle à partir d’une mise en scène en noir et
blanc qu’une équipe du Bangladesh a animé en y introduisant
du vivant (oiseaux) et du mouvant (le soleil couchant), soulignés
de couleurs vives.
Intentions
et compétences à développer
a) Intentions du côté
de l’enseignante/intervenante :
-s’approprier une démarche pédagogique
structurée (hiérarchie perceptuelle), favorisant l’apprentissage
par observation et la découverte;
-développer des stratégies
de communication adaptées à la clientèle et où
l’image joue son rôle cognitif structurant, en complémentarité
avec la langue d’usage, le français;
-valoriser le travail collaboratif
ainsi qu’un sentiment d’auto-efficacité (Bandura,1997) ;
-favoriser les échanges,
une sensibilité à l’altérité dont le
point de départ est la re-connaissance de sa propre culture.
b) Compétences du
groupe des jeunes francophones,
en mode lecture:
-exercer ses habiletés d’observation,
de discrimination et un jugement critique face à des images en relation
à des énigmes langagières (devinettes/charades);
-lire, à tour de rôle
et à haute voix, ces énigmes et trouver la ou les réponses
plausibles en les justifiant;
-identifier certains jeux sonores,
sémantiques ou rhétoriques associés aux codes de la
langue;
-acquérir un nouveau
vocabulaire spécifique à l’image;
-découvrir et partager un
même questionnement à travers les productions réalisées
par un ou plusieurs groupes culturels autres que le sien.
en mode écriture:
-créer un décor iconique
inscrit dans une saison et dans une lumière données, en se
documentant et s’inspirant de son environnement géographique et
socioculturel;-rédiger de courtes devinettes, en partant de questions
décrivant l’objet à découvrir ou de mots découpés
en syllabes (charades), et dont les réponses s’appuient sur
des composants de la mise en scène visuelle propre à l’équipe;
-lire, à tour de rôle
et individuellement, ses productions verbales au groupe classe, pour fins
d’autoévaluation.
c) Compétences du
groupe des adultes allophones en classe de FLE/S
en mode lecture:
-exercer ses habiletés d’observation
et un jugement critique face à des images en relation à des
énigmes langagières;
-lire, à tour de rôle
et à haute voix, ces énigmes et trouver la ou les réponses
plausibles, les justifier;
-acquérir/consolider un vocabulaire
utile à la communication et aux échanges verbaux dans la
classe;
-découvrir et partager un
même questionnement à travers les productions réalisées
par un groupe culturel autre que le sien.
en mode écriture:
-adapter un décor iconique,
puisé à partir de ressources documentaires (Internet), en
s’inspirant du pays d’origine;
-rédiger de courtes devinettes,
en partant de questions décrivant l’objet à découvrir,
et dont les réponses s’appuient sur des composants de l’image
(décor);
-lire, à haute voix, ses
productions verbales au groupe classe, pour fins d’autoévaluation.
Principales
recommandations
Les élèves,
dans ce projet de médiation langagière par l’image,
ont dû assumer plusieurs responsabilités, dont celles d’auteur
et de collaborateur au sein d’une équipe, en créant
un décor unique à partir de consignes précises sur
la saison et la lumière à privilégier ainsi qu’en
rédigeant leurs propres devinettes complémentaires au décor
construit. Ils se sont impliqués dans des tâches à
réaliser et ont mobilisé leurs savoirs, et mis en oeuvre
des compétences qui les ont révélés.
En conclusion,
des recommandations pour les enseignants ont pu être dégagées
:
1.
privilégier au départ des images modélisantes
qui offrent beaucoup de détails à découvrir (plans
d'ensemble avec avant et arrière-plans) et favorisent l’observation
active;
2. identifier
chez les élèves, lorsqu'ils deviennent auteurs de leurs devinettes,
une réelle intention de communication/établir un contact
et des échanges (pairage virtuel ou réel) avec un autre groupe;
3. intégrer
une méthodologie groupale où les rôles et responsabilités
de chacun sont identifiés et la coopération valorisée;
4. encadrer
le travail de conception par une amorce de mise en scène
iconique ou verbale (proposer une mise en situation verbale ou un décor
de base pour le démarrage du projet pour guider les
équipes) selon le degré d’autonomie des apprenants;
5. structurer
la rédaction des textes par des stratégies cognitives
de type métaphorique permettant des rapprochements entre objets
de nature différente;
6. reconnaître
des avenues de sens: réponses plurielles à certaines
devinettes ancrées dans des décors en contexte culturel spécifique.
___
* Figure 1.1 (en haut à gauche):
décor en noir et blanc, soumis au groupe 2.
Mise en scène partielle où le vivant et le mouvant ont été
ajoutés par les participants: le vivant (les oiseaux),
le mouvant (le soleil couchant ...) , le statique (la
montagne ...)
Quel
est le signe identitaire commun aux groupes culturels
ici
représentés à travers les dessins?
Validez
votre réponse en m'écrivant si vous doutez ...
REFERENCES médiagraphiques
*Albums
Les cent plus belles devinettes,
Gallimard, France, 1983
Les devinettes d'Henriette,
HMH, Montréal, Qc. Canada, 2004
Monographies
ALMASY, P. ET COLL. 1990. Le
photojournalisme. Informer en écrivant des photos. Paris :
Éditions du CFPJ (Centre
de formation et de perfectionnement des journalistes).
BANDURA, A. 1997. Self Efficacy:
The exercise of control. New York. W.H. Freeman.
BERGER, A.A. 1984. Signs in contenporary
culture. An introduction to semiotics. New-York. Longman inc.
BRUNER, J. S. (1979). The quest
for clarity. In J. S. Bruner (Ed.) On knowing. Essays for the left
hand . Cambridge, MA: Harvard Univ.
Press (pp. 75-96).
COSTANZO, S ET L. VIGNAC 2001. «La
pédagogie interculturelle: revoir nos approches et
définir les objectifs essentiels».
Actes du VIII Congrès de l’Association pour la Recherche InterCulturelle
(ARIC) Université de Genève? 24-28 septembre 2001.
DANSEREAU, S. 2005, Literacy
through imagery: riddles and charades", 3rd International Conference
on Imagination and Education : Engaging the Imagination in teaching
and learning, du 13 au 16 juillet à Vancouver, Simon Fraser
University.
Examples of Litteracy through imagery
by children and allophone adults, June 2005: /riddles/
DANSEREAU, S. 2005. «Exemple
de médiation langagière par l'image appuyée de
devinettes». Colloque international intitulé :
Quelle
didactique de l'interculturel dans les nouveaux contextes d'enseignement-apprentissage
du FLE/S?, Louvain-la-Neuve,
du 20 au 22 janvier .
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