Stéphanie Dansereau, professeure
Université du Québec à Montréal 
dansereau-trahan.stephanie@uqam.ca

Extrait de l'article
Un exemple de médiation langagière
par l'image:importance d'éduquer à l'image
Version anglaise
publié aux éditions EME (Éditions Modulaires Européennes) et InterCommunications SPRI, en Belgique,
dans la collection IRIS  sous le thème: «Langue scolaire, diversité linguistique et interculturalité»,
sous la direction de Silvia Lucchini et Aprhrodite Maravelaki 2007
 

Résumé 
Problématique
Notions de hiérarchie perceptuelle
Compétences à développer
Recommandations

 

Signes identitaires

Identifions, à partir des décors suivants, quelques signes, culturellement marqués et classés selon la grille de Berger (Signs in contemporary culture,1984, p.96):

- DRAPEAU
celui de Singapour et celui de Chine 
(figure 1.3) 

- NOURRITURE:
pistaches rouges et baguettes chinoises sur la table de picnic (figure 1.3)

- SYMBOLES:
la croix, symbole du catholicisme auQuébec...
(figure 1.2)

- ARCHITECTURE:
l'église pour le Québec... (figure 1.2)

- PRODUITS/OBJETS:
le baton de hockey et les patins pour le Québec
(figure 1.4)

- CONTEXTE/ACTIVITÉS:
la pêche sur glace pour le Québec (figure 1.4), 
le bord de l'eau pour le Bangladesh, Singapour, la Chine, la Grande Bretagne, le Pérou.

Exemples d'écriture verbo-iconiques
 
 

Figure 1.2 .  (jeunes francophones Groupe 1)

Métaphorisation par l'image d'un espace rural l'été, de jour, où dominent des objets symboliques comme la croix, symbole du christianisme et de la présence d'un cimetière.

Devinettes liées à la figure 1.2 Flêche vers le haut

1. J’ai abrité des fantômes et des trésors.
Je connais la nuit, le jour, Les tempêtes et le beau temps.

Je suis souvent attendu.
Qui suis-je? 
 

2. Je protège la pelouse et les fleurs,
Car mon ruban de cailloux
Se fait piétiner.
Qui suis-je? 
 

3. Mon premier est la première syllabe du mot cheval.
Mon deuxième est un membre du corps humain.
Mon tout trace une direction. 
Qui suis-je ? 

 
 

Figure 1.3.  (adultes allophones, Groupe 2)

Hiérarchie perceptuelle du vivant (le papillon), mouvant (les drapeaux, la mer..) et statique (la montagne en arrière-plan).

Devinettes liées à la figure 1.3 (Chine et Singapour) Flêche vers le haut

1. Ce sont deux frères
Élancés et faits en bois.
La cuillère et la fourchette sont leurs amis.
Ils travaillent côte à côte.
Leur travail est d’aider à déguster des choses délicieuses.
Qui sont-ils ? 
(les baguettes)

2. J’habite dans une maison 
Où la surface extérieure est rugueuse.
Je porte une cape rouge.
Je suis un trésor blanc et ovale.
Qui suis-je ? 
(une pistache)

3. Une lune courbe avec cinq étoiles.
Le rouge contraste avec le blanc.
C’est très joli.
Malgré le jour ou la nuit, 
Il flotte dans la moitié du ciel.
Qui est-il? 
(le drapeau de Singapour).

Figure 1.4. Groupe 1 (jeunes francophones)

Mise en scène d'hiver, la nuit sur le lac des Deux Montagnes.

Hiérarchie perceptuelle du vivant (personnage en avant-plan), indices de vivant (patins, baton de hockey, 4x4/tout terrain rouge), mouvant (étoile filante, 
cerf-volant, fumée de la cheminée...) et statique (la forêt en arrière-plan,
la maison à droite, le sapin ... ).
Devinettes liées à la figure 1.4 Flêche vers le haut

1. Je suis dure.
Je suis souvent chaud.
Mon amie est la ‘’ boucane’’ (fumée) .
On m’utilise souvent l’hiver.
Qui suis-je?

2. Mon premier sert à avancer.
Mon deuxième est une couleur de peau, 
plus claire ou plus foncée.
Mon tout sert à glisser sur la glace.
Qui suis-je ?

3. Je peux être artificielle ou naturelle.
Si tu fermes les yeux tu ne me vois plus.
J’illumine le temps des fêtes.
Tout le monde a besoin de moi.
Qui suis-je? 

4. Je peux voler
Mais je n’y arrive pas seul.
Je peux être multicolore.
Je suis un bon divertissement
Été comme hiver.
Qui suis-je? 

 
«L’image montre, elle donne à voir.  Souvent en montrant elle raconte.  [….] Comme dans toute proposition narrative, le récit porté par une image demande un important travail de coopération du spectateur.» Catherine Saouter, Le langage visuel, édition XYZ, Montréal, 1998, p. 85. 
Résumé
L'approche dont il fut question s'appuie sur une méthode d'apprentissage où l'image fut le relais indispensable à la résolution de problèmes langagiers. Cette approche fut développée dans le cadre d'un projet de médiation langagière où deux albums jeunesse*, exploitant des univers fantaisistes et poétiques très différents, ont servi de point de départ pour explorer le jeu verbal des devinettes auprès d'élèves en classe régulière et en classe de francisation. Ces albums ont joué le rôle de modèles afin de favoriser l'observation active. Ce type d'apprentissage par observation a favorisé l'acquisition de nouvelles pratiques langagières chez les apprenants et la consolidation de compétences cognitives, affectives et sociales. Ce projet a impliqué la participation de deux groupes  jumelés à distance et distincts en termes d'âge, de langue d'origine et d'environnement (physique, culturel, social et personnel). Un premier groupe  fut constitué de jeunes élèves francophones du primaire (11-12 ans) et un deuxième, d'adultes allophones inscrits dans un programme gouvernemental en francisation. Chaque groupe fut d'abord sollicité comme lecteur avant de devenir auteur de devinettes. Le groupe des jeunes francophones, vivant en région rurale québécoise, au bord de l'eau, a eu comme mandat de créer des devinettes à partir de décors s'inspirant de leur région, et de les faire connaître au groupe d'allophones de Montréal. Ces devinettes jeunesse ont été validées par ce groupe d'adultes. Ces derniers ont également conçu des devinettes ancrées dans des décors puisés, entre autres, sur Internet, puis adaptés au contexte socioculturel de leur pays d'origine. Ces devinettes pluriethniques ont été validées, à leur tour, par le groupe des jeunes francophones.
 
 

Problématique 
Avec la réforme de l’éducation au Québec depuis 2001 qui a impliqué une refonte des programmes de formation des jeunes, c’est une approche par compétences qui change radicalement la conception de l’enseignement/apprentissage. De plus, la volonté de mieux préparer les jeunes à leur insertion dans la société marque cette réforme en profondeur. Étant donné l’importance toujours grandissante des clientèles allophones, cette insertion devient une préoccupation de plus en plus forte et un enjeu majeur.
La réforme cependant accorde une place pour le moins ambiguë à l’éducation aux médias, comprise davantage comme une éducation citoyenne, sans accorder de place à l’étude de l’image comme langage complémentaire à celui de la langue ni comme contenu à structurer et obéissant à des codes non seulement techniques mais aussi anthropologiques (du côté du lecteur). Enfin, l’éducation à l’image n’est pas inscrite comme objet d’études dans les programmes de formation initiale des futurs enseignants dans les universités québécoises francophones. La principale éducation aux médias qui se fait depuis quelques années est celle aux nouvelles technologies, dans une perspective d’abord utilitaire, au service de l’enseignement.
Nous avons donc voulu, à travers ce projet d’intervention, démontrer qu’une éducation à l’image, qui tient compte de la culture d’origine et du contexte socioculturel dans lequel vivent les élèves, est non seulement complémentaire au travail sur la langue, mais contribue au pouvoir évocateur des mots et stimule l’écriture. De plus, les approches appliquées en enseignement d’une langue profiteraient de cette intégration de l’image non seulement comme véhicule d’un contenu  mais comme procédé métaphorisant. Les élèves en classe d’immersion en particulier pourront ainsi mieux structurer des contenus à rédiger, en vérifier la cohérence à partir de l’image et affirmer leur identité comme êtres sociaux différents des autres, comme membres solidaires d’une équipe, d’un groupe classe, d’une communauté  métissée.
 
 

Un peu de théorie sur la perception …
Si dans tout message communiqué, quels que soient la forme adoptée et le support pour le diffuser, il y a une dimension relationnelle entre les deux pôles de la communication, il y a aussi une autre dimension liée au message et c’est celle de la perception. Cet axe joue le rôle d’intermédiaire « [...] entre une réalité et l’image de cette réalité» (Durand, 1981:  58). Il nous apparaît important de réintroduire le sujet percevant de façon opérationnelle afin de tenir compte du rôle de représentation impliqué, lorsqu’il s’agit de travailler avec des élèves sur des images détentrices d’un sens à découvrir ou d’un sens à donner. Cette forme d’échange qui s’instaure impliquera la perception de composants visuels, organisés selon une certaine hiérarchie (Almasy, 1990: 33-35) , ainsi que la construction d’un raisonnement. La hiérarchie perceptuelle s’observe dans la composition visuelle d’une image et situe le vivant en priorité, puis le mouvant et enfin le statique. C’est au moment de la lecture proprement dite de l’image que les composants s’ordonnent selon cette hiérarchie: i) le vivant ou indice de vivant renvoie à un sujet doué de vie (personne ou animal); ii) le mouvant (mobile) renvoie à un objet qui peut bouger, se déplacer ou être déplacé dans l’espace (une voiture, les nuages, le feuillage dans les arbres...) ou le temps (croissance d’une plante); enfin, le statique (fixe) renvoie au décor qui est immuable et dans lequel évoluent les composants mobiles et vivants. Le vivant s’impose généralement avant le mouvant, c’est un phénomène psychologique, en partie redevable à la présence du regard, mais la couleur joue également un rôle prégnant. Et si le mouvant adopte une place privilégiée dans l’espace du cadre ou de la page (en avant-plan) et si sa couleur accroche, tel le rouge, alors il pourra s’imposer avant le vivant. 

Cette lecture hiérarchique fut exploitée lors des deux principales étapes de notre intervention auprès des élèves, en mode lecture d’images (amorce), puis en mode écriture lors de la création du décor. L’exemple, à la figure 1.1 (note de fin), illustre la hiérarchie perceptuelle à partir d’une  mise en scène en noir et blanc qu’une équipe du Bangladesh a animé en y introduisant du vivant (oiseaux) et du mouvant (le soleil couchant), soulignés de couleurs vives.
 
 

Intentions et compétences à développer

a) Intentions du côté de l’enseignante/intervenante :
-s’approprier une démarche pédagogique structurée (hiérarchie perceptuelle), favorisant l’apprentissage par observation et la découverte;
-développer des stratégies de communication adaptées à la clientèle et où  l’image joue son rôle cognitif structurant, en complémentarité avec la langue d’usage, le français;
-valoriser le travail collaboratif ainsi qu’un sentiment d’auto-efficacité  (Bandura,1997) ;
-favoriser les échanges, une  sensibilité à l’altérité dont le point de départ est la re-connaissance de sa propre culture.
b) Compétences du groupe des jeunes francophones,
en mode lecture:
-exercer ses habiletés d’observation, de discrimination et un jugement critique face à des images en relation à des énigmes langagières (devinettes/charades);
-lire, à tour de rôle et à haute voix, ces énigmes et trouver la ou les réponses plausibles en les justifiant;
-identifier certains jeux sonores, sémantiques ou rhétoriques associés aux codes de la langue;
-acquérir un  nouveau vocabulaire spécifique à l’image;
-découvrir et partager un même questionnement à travers les productions réalisées par un ou plusieurs groupes culturels autres que le sien.
en mode écriture:
-créer un décor iconique inscrit dans une saison et dans une lumière données, en se documentant et s’inspirant de son environnement géographique et socioculturel;-rédiger de courtes devinettes, en partant de questions décrivant l’objet à découvrir ou de mots découpés en syllabes (charades), et dont  les réponses s’appuient sur des composants de la mise en scène visuelle propre à l’équipe;
-lire, à tour de rôle et individuellement, ses productions verbales au groupe classe, pour fins d’autoévaluation. 
c) Compétences du groupe des adultes allophones en classe de FLE/S 
en mode lecture: 
-exercer ses habiletés d’observation et un jugement critique face à des images en relation à des énigmes langagières;
-lire, à tour de rôle et à haute voix, ces énigmes et trouver la ou les réponses plausibles, les justifier;
-acquérir/consolider un vocabulaire utile à la communication et aux échanges verbaux dans la classe;
-découvrir et partager un même questionnement à travers les productions réalisées par un groupe culturel autre que le sien.
en mode écriture:
-adapter un décor iconique, puisé à partir de ressources documentaires (Internet), en s’inspirant du pays d’origine;
-rédiger de courtes devinettes, en partant de questions décrivant l’objet à découvrir, et dont  les réponses s’appuient sur des composants de l’image (décor);
-lire, à haute voix, ses productions verbales au groupe classe, pour fins d’autoévaluation.

Principales recommandations
Les élèves, dans ce projet de médiation langagière par l’image, ont dû assumer plusieurs responsabilités, dont celles d’auteur et de collaborateur au sein d’une équipe, en créant un décor unique à partir de consignes précises sur la saison et la lumière à privilégier ainsi qu’en rédigeant leurs propres devinettes complémentaires au décor construit. Ils se sont impliqués dans des tâches à réaliser et ont mobilisé leurs savoirs, et mis en oeuvre des compétences qui les ont révélés. 

En conclusion, des recommandations pour les enseignants ont pu être dégagées :

1. privilégier au départ des images modélisantes qui offrent beaucoup de détails à découvrir (plans d'ensemble avec avant et arrière-plans) et favorisent l’observation active;
2. identifier chez les élèves, lorsqu'ils deviennent auteurs de leurs devinettes, une réelle intention de communication/établir un contact et des échanges (pairage virtuel ou réel) avec un autre groupe; 
3. intégrer une méthodologie groupale où les rôles et responsabilités de chacun sont identifiés et la coopération valorisée;
4. encadrer le travail de conception par une amorce de mise en scène iconique ou verbale (proposer une mise en situation verbale ou un décor de base pour le démarrage du projet   pour guider les équipes) selon le degré d’autonomie des apprenants;
5. structurer la rédaction des textes par des stratégies cognitives de type métaphorique permettant des rapprochements entre objets de nature différente;
6. reconnaître des avenues de sens: réponses plurielles à certaines devinettes ancrées dans des décors en contexte culturel spécifique.
___
* Figure 1.1 (en haut à gauche): décor en noir et blanc, soumis au groupe 2. Mise en scène partielle où le vivant et le mouvant ont été ajoutés par les participants:  le vivant (les oiseaux), le mouvant (le soleil couchant ...) ,  le statique (la montagne ...) 
 
 


Quel est le signe identitaire commun aux groupes culturels 
ici représentés à travers les dessins? 
Validez votre réponse en m'écrivant si vous doutez ...

REFERENCES médiagraphiques

*Albums
Les cent plus belles devinettes, Gallimard, France, 1983
Les devinettes d'Henriette, HMH, Montréal, Qc. Canada, 2004

Monographies
ALMASY, P. ET COLL. 1990. Le photojournalisme. Informer en écrivant des photos. Paris :
Éditions du CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes).

BANDURA, A. 1997. Self Efficacy: The exercise of control. New York. W.H. Freeman.

BERGER, A.A. 1984. Signs in contenporary culture. An introduction to semiotics. New-York. Longman inc.

BRUNER, J. S. (1979). The quest for clarity. In J. S. Bruner (Ed.) On knowing. Essays for the left
hand . Cambridge, MA: Harvard Univ. Press (pp. 75-96).

COSTANZO, S ET L. VIGNAC 2001. «La pédagogie interculturelle: revoir nos approches  et 
définir les objectifs essentiels». Actes du VIII Congrès de l’Association pour la Recherche InterCulturelle (ARIC) Université de Genève? 24-28 septembre 2001.

DANSEREAU, S. 2005, Literacy through imagery: riddles and charades", 3rd International Conference on Imagination and Education : Engaging the Imagination in  teaching and learning, du 13 au 16 juillet à Vancouver, Simon Fraser University.
Examples of Litteracy through imagery by children and allophone adults, June 2005:   /riddles/
DANSEREAU, S. 2005. «Exemple de médiation langagière par l'image appuyée de devinettes». Colloque international intitulé :
Quelle didactique de l'interculturel dans les nouveaux contextes d'enseignement-apprentissage du FLE/S?, Louvain-la-Neuve, du 20 au 22 janvier .
 
 
 
 
 
 
 

QUI SUIS-JE ?-Mise à jour:: décembre 2007  ME CONTACTER