Petit lexique sur la communication médiatisée

Stéphanie Dansereau, professeure, éducation à l'image et aux médias, UQAM

Coder/décoder - figure/fond -hiérarchie perceptuelle- icône - logo-
média- métaphore - pensée- perception- référent - séquence -

ANCRAGE/RELAIS
L'ANCRAGE est une fonction qu'assume le verbe par rapport à l'image;
cette fonction oriente la compréhension du message et RÉDUIT LA POLYSÉMIE de l'image.
C'est Roland Barthes qui le premier a utilisé ce terme lors de l'analyse de l'annonce publicitaire Panzani.
Les bulles des bandes dessinées sont là pour ancrer le sens des vignettes dans lesquelles
des personnages évoluent mais aussi échangent  sur le plan verbal .

La fonction RELAIS du verbe a pour rôle de faire des SAUTS spatio-temporels par souci d'ÉCONOMIE d'espace et
de temps pour raconter une histoire tels les espaces diégétiques (récitatifs) dans les B.D. ou les fondus au cinéma.

ANGLE (de prise de vue)
un ANGLE est un des codes techniques de l'image
(code des procédés spatiaux), qui offre un POINT DE VUE,
soit objectif (angle normal),
soit subjectif (plongée/ contre-plongée) .

APPRENTISSAGE (#d'inné)
C'est un processus qui implique des étapes, des phases et
commence dès la naissance; il est marqué par un temps, un lieu, un moment donné.
On affirme aujourd’hui que même la perception (visuelle) est un acte de représentation et s'apprend, se développe,
elle est eminemment CULTURELLE.

«L'apprentissage est l'établissement de liens entre les nouvelles informations et les connaissances antérieures»
( J. Tardif, 1992, p.34)
On sait aussi que la révolution MARCONI, (avec  la naissance de la télévision en 1926 mais surtout  son accessibilité
à partir des années cinquante )  a  influencé la FAÇON d'apprendre des jeunes, la FAÇON de se représenter le monde
et de se construire des modèles de référence. La culture, ils la puisent dans et avec les médias de communication de masse.

BI/TRIDIMENTIONNEL
Il s'agit de caractéristiques du réel; trois dimensions caractérisent la réalité:
HAUTEUR, LARGEUR et PROFONDEUR.
Or, lorsqu'il s'agit de transcrire ou coder techniquement un objet de la réalité en image, par photo ou dessin,
sur une surface plate, la 3e dimension (la profondeur) ne peut qu'être simulée (pour donner de l'épaisseur aux objets) .
Toute image est bidimensionnelle.

CODER/DÉCODER
Action de FAIRE NAÎTRE /COMPRENDRE un message à l'aide de
RÈGLES connues et partagées en partie ou en tout par un groupe de personnes plus ou moins large;
c'est pourquoi coder ou décoder nécessite un apprentissage et est un processus qui s'apprend.
Le code est social et culturel (par opposition à individuel) . Le message linguistique fonctionne sur un code explicite,
celui de la langue, le message iconique fonctionne sur un autre code, moins explicite, souvent regroupé sous le vocable
de langage (multicodage de l'image) .

CANAL/SUPPORT
Le canal est le moyen de diffusion du message; ce dernier est matérialisé sur un support qui nécessite bien souvent
un canal, tels le rétroprojecteur pour le transparent, le projecteur pour la diapositive,  le magnétoscope pour la cassette vidéo ...
Le support est ce sur quoi repose techniquement le message: le support papier pour le livre; le support acétate
pour la diapositive ou le transparent, le support électronique pour le cédérom ...

COMMUNICATION
C'est un acte intentionnel où un émetteur cherche à rejoindre, échangeravec un récepteur.
Trois éléments de base caractérisent la chaîne minima de communication: l'émetteur, le récepteur ET
le message qui voyage entre les deux . L'intention de l'émetteur peut varier et affecter le type de discours ou
de fonction de la communication: message expressif (poétique), informatif (référentiel), régulatoire, persuasif ou ludique .

DÉNOTATION/CONNOTATION
DOUBLE PLAN ou niveau de lecture du message iconique.
L'équivalent se rencontre pour la langue lorsque dans le dictionnaire, on donne le sens littéral d'un mot (le dénoté )
puis son sens figuré (le connoté ). On parle également de message objectif et message esthétique/subjectif
(niveau d'évocation).

FIGURE ET FOND ainsi que la hierarchies perceptuelles
Dualité perceptuelle impliquant un choix ou sélection de stimuli et ignorance d'autres.
Ceux qui sont perçus font figures et ceux qui sont ignorés sont dit de fond .
Les éléments qui figurent en avant-plan dans une image s'imposent davantage que ceux situés en arrière-plan, en fond;
donc la place d'un élément dans l'espace joue sur notre perception mais il y a aussi d'autres variables qui jouent sur notre
perception et c'est la hiérarchie perceptuelle.

HIÉRARCHIE PERCEPTUELLE
C'est le journaliste Paul Almasy qui a particulièrement bien dégagé ce phénomène de hiérarchie perceptuelle
dans le cas de la photographie qu'il qualifie de fonctionnelle dans le reportage journalistique en particulier:
le vivant (humain ou animal) a tendance à éclipser le mouvant (tout ce qui bouge sans être doué de vie) et le mouvant,
tel le tank dans la photo qui se déplace sur une route, à éclipser le statique (décor immuable ou fond).
 

LOGO(TYPE)
Dessin, graphisme ayant valeur de symbole, permettant l'identification d'une marque, d'un produit
ou d'une entreprise tel le logo de journaux(Dictionnaire du multimédia, p.57).
Ne pas confondre avec le SIGLE  qui est une  succession d'initiales servant d'abréviation tel UQAM .
 

MÉDIA-S
Moyen de communication utilisant un intermédiaire technique pour coder et transmettre un message
à un public plus ou moins large et indifférencié ; la presse, la radio, la télévision, le panneau publicitaire ou l'affiche
sont autant de médias utilisant à la fois un support pour matérialiser le  message et un canal de diffusion pour rejoindre un public-cible .
Voir la définition dans Le dictionnaire des médias(1998)de Francis Balle. Ce dernier distingue des catégories de médias selon les réalités visées mais dégage principalement trois grandes classes de médias, articulées autour de la technique et des usages impliqués :
médias autonomes :réception individuelle: presse écrite, disques, magazine... ,
médias de diffusion : réception collective: radio-télévision, musée...
médias de communication : bi-directionnels ou échange entre deux  ou plusieurs personnes tels les jeux interactifs, groupes de discussion ou forum sur sites internet, courriel...

MÉTAPHORE
Figure de rhétorique où une comparaison est établie, implicitement, sans outils de comparaison.
Sur le Web, la métaphore iconique pour symboliser un site ou marquer les interfaces est populaire.
Il s'agit d'une opération de substitution d'un élément par un autre en raison  d'une analogie formelle ou
sémantique entre deux éléments : « les yeux, le miroir de l'âme» (métaphore verbale dans la pièce Les Précieuses ridicules).
Le magazine de Vancouver, Adbusters,l'exploite abondamment pour dénoncer les stratagèmes publicitaires
( Prozac associé à un détergent de savon !).

Métonymie
Figure de rhétorique où une substitution ou rapprochement d'un élément par/avec un autre se fait afin de provoquer
des associations d'idées (un manoir pour suggérer l'aisance, le bon goût /l'effet pour suggérer la cause) .
La métonymie est souvent associée à la figure appelée synecdoque (la partie pour le tout :
la voile pour le bateau et par extension, l'idée du voyage), ou encore le contenant pour le contenu (boire un verre).
Dans les menus opérationnels de plusieurs logiciels de traitement de textes et d'images, on retrouve ces images
à valeur métonymique (la loupe pour agrandir, le ciseau pour couper...).

MONTAGE
Opération d'agencement ou de mise en ordre d'images, de mots ou de sons selon des critères logiques,
chronologiques et/ou symboliques. Le montage fait appel chez le lecteur à des opérations mentales de
mise en ordre et de mise en relation ; de plus, il stimule chez celui qui est à l'origine du montage
les mêmes opérations mentales tout en sollicitant l'action de faire concrètement ces opérations.

PERCEPTION
La perception directe est un processus par lequel un individu devient conscient de quelque chose
après stimulation des sens (la vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat, le goût). Cette perception est dite de PREMIÈRE MAIN,
sans intermédiaire entre celui qui perçoit et la réalité; lorsqu'il y a intervention humaine entre celui qui perçoit et la chose perçue,
nous disons alors que la perception est de SECONDE MAIN ou médiatisée, c'est-à-dire qu'il y a eu un intermédiaire
entre celui qui perçoit et la chose perçue. Le principal support de cette perception médiatisée est le LANGAGE VERBAL.
Par contre, d'autres langages existent et sont utilisés tels que les langages gestuel, iconique, cinématographique, etc.

Pour certains théoriciens (en psychologie expérimentale) , la perception est une pure fonction de réception,
donc passive (voir et entendre sont des sensations, réponses à des stimuli) ; mais d'autres au contraire l'associent
à une action volontaire (regarder et écouter sont des perceptions) et la définissent comme OPÉRATION MENTALE
(identification et différenciation) où l'esprit CONSTRUIT une représentation des faits et procède par étapes:

1.Stimulation
2.Ouverture (recherche de significations)
3.Identification
4.Classement
5. Fermeture.
Ce mécanisme est celui de la perception qui identifie pour la 1re fois un stimulus.
Lorsque le même stimulus revient, c'est notre mémoire (banque mémorielle de données) qui nous permet,
par comparaison, de retrouver le stimulus déjà classé de façon schématisée.
C'est parce que nous pouvons ignorer beaucoup de stimuli visuels déjà schématisés et
classés que nous pouvons en affronter de nouveaux.

PICTOGRAMME, appelé aussi icône par les informaticiens (angl.: icon).
Image ou signe iconique permettant de représenter symboliquement des informations ou des instructions sur écran d'ordinateur.

Ce type d'icône a souvent un rapport, au départ analogique avec l'objet visé dans la réalité, mais joue un RÔLE FONCTIONNEL
pour déclencher une action:
- accès à un fichier ou un dossier/répertoire 

-accès à un logiciel: Photoshop 
-accès à une tâche ou à une fonction de...
-accès à un service: courriel 
-accès à de l'information : plan du site
 

PLANS (échelle de)
Un des codes techniques, spécifique de l'image, faisant partie des procédés spatiaux,
permettant de déterminer la TAILLE de l'image par rapport à la GRANDEUR des êtres ou des objets
représentés dans l'image (grandeur de l'image/grandeur du plan)

PLONGÉE/CONTRE PLONGÉE
Un des codes techniques, spécifique de l'image, où l'angle de vision
est subjectif puisque le point de vue offert au spectateur cherche soit à écraser (plongée) ou au contraire
à magnifier (contre-plongée) le sujet.

POLYSÉMIE/MONOSÉMIE
La polysémie caractérise un signe (mot ou image) qui a plusieurs (poly ou pluri) sens .
Au contraire, si le signe n'a qu'un seul sens (mono), il est alors monosémique, univoque.

RÉFÉRENT
Ce à quoi le signe nous renvoie : à la réalité objective (le monde de tout le monde),
à des réalités plus subjectives alimentées par la culture (le collectif) et par l'imaginaire (l’individuel).
Si je traite d’un sujet comme La  menace du nucléaire et que la planète représentée est confondue à celle du Petit Prince,
récit bien connu de St. Exupéry et que la fleur dont s’occupe le Petit Prince devient une mèche (à pétard),
que le mouton dessinée devient une bombe..., alors, l’auteur réfère à un récit connu et
partagé par beaucoup de francophones, en particulier. Il y a double référence (mondaine et diégétique):
à la réalité connue de ce à quoi ressemble une planète, un enfantmais aussi à une certaine planète, à un certain enfant....
Geneviève Jacquinot dans son ouvrage Image et pédagogie(1977) introduit les notions de référents didactiques
qu’elle nomme lemonde du spécialiste(celui qui sait) et le monde de la classe(celui qui apprend, qui cherche) par opposition
au monde de tout le monde.
Cette façon différente d’aborder le référent est intéressante en éducation pour mieux voir les points de vue
dans un document qui se veut didactique ou pédagogique.

La RHÉTORIQUE
Science qui étudie les  figures de style ou procédés de connotation .
Dans le cas de la publicité, la rhétorique étudie les procédés utilisés par  l'image et/ou le verbe pour éveiller le désir de l'objet
(rêve, transgression de la logique, des tabous...)  .

SÉMIOLOGIE (du grec sêmeiô, signe, logos, science)
Science qui étudie  la vie des signes au sein de la vie sociale(définition de Ferdinand de Saussure, linguiste français du début du XXe siècle).

SÉQUENCE ou SYNTAGME
Une séquence est une opération de SUCCESSION ou de combinaison de deux ou plusieurs signes, mots, plans (visuels ou sonores)
ou vignettes formant une unité autonome appelé séquence.

On peut également parler de SYNTAGME pour la phrase (axe horizontal) qui, se construit en fonction  de choix que le locuteur ou le scripteur
fait au moment de communiquer son message : voici deux exemples où le verbe change (action) et l'adverbe.

JE me suis/couché/ tard ou tôt
JE me suis/ levé/tard ou tôt
Lorsqu'il s'agit d'un récit, on parle des trois temps forts de la séquence narrative:
l'éventualité (problème à résoudre),
le passage à l'acte (confrontation),
le résultat (dénouement)  .

Il y a, en général, plusieurs séquences dans un récit; elles sont plus ou moins complexes
et sont liées entre elles par des codes de ponctuation qui au cinéma ou à la télévision s'expriment par le fondu, la coupure franche,
la surimpression; en BD, ces codes s’expriment par un cadre fermé, brisé, éclaté, incrusté dans un autre ou carrément absent.

PARADIGME (par opposition à syntagme)
Le paradigme est une opération de SÉLECTION établie entre des signes d'une même réserve .
 L'exemple suivant illustre ce choix où l'auteur répète une même construction de phrase en  permutant le participe passé:
«Longtemps, je me suis bouché de bonne heure.
Longtemps, je me suis douché de bonne heure.
Longtemps, je me suis mouché de bonne heure.
Longtemps, je me suis touché de bonne heure.»
(Georges Perrec, du mouvement littéraire de L'Olipo /Ouvroir de littérature potentielle).

En éducation, plusieurs courants/paradigmes existent: le behaviorisme, le cognitivisme, le constructivisme, etc.
Ces choix d’écoles de pensée impliquent des stratégies pédagogiques différentes, des valeurs éducatives, etc.


Un autre exemple d'étapes de lecture paradigmatique  et syntagmatique

LE MENU au restaurant:
- la séquence classique consiste à établir un menu à partir d'un choix de mets et breuvages ;
ces choix s'opèrent dans chaque catégorie (réserve) ou temps fort du repas: quelle entrée parmi plusieurs entrées,
quel plat principal parmi plusieurs, quel vin, quel dessert, etc.
Tous ces choix virtuels (signes in absentia) appartiennent à une réserve ou classe paradigmatique, celle de l'entrée,
du plat principal et du dessert. tandis que le choix final ou le montage, c'est-à-dire le repas tel que composé,
deviendra la séquence réelle (signes in presentia), le syntagme.
 
ENTRÉE PLAT PRINCIPAL VIN DESSERT
PARADIGME 1
potage ou 
crudités ou
salade
PARADIGME 2
fruits de mer ou
poisson ou
viande
PARADIGME 3
rouge ou 
blanc ou 
rosé
PARADIGME 4
patisserie ou
fruits ou 
yaourt
SYNTAGME FINAL : potage poisson rosé yaourt

PENSÉE VISUELLE/PENSÉE VERBALE ou forces des hémisphères droit et gauche du cerveau
Les recherches en neuro-psychologie ont bien dégagé les rôles relatifs aux deux hémisphères du cerveau:
le cerveau droit est synthétique, c'est le monde de l'image, de l'espace, de l'intelligence fluide de l'émotion , et
aussi de la musique (si on est un amateur et non un professionnel) tandis que le cerveau gauche est analytique,
c'est le monde du verbal, du texte, du rationnel, du temporel. C'est pourquoi, en boutade, on pourrait dire
qu'on pense à gauche et qu'on aime à droite...

Apprentissage multimodal
EX: Pour le jeune enfant, il est plus facile d'apprendre son alphabet en chantant car il y a un support de l'hémisphère droit
qui facilite l'apprentissage; deux entrées différentes dans le cerveau sont sollicitées: les parties musicales s'allument
en même temps que l'évocation des lettres.

Plus on fait un apprentissage multimodal (solliciter les deux hémisphères du cerveau),
plus on sollicite de sens (oeil, oreille, toucher),
plus on a de chance que notre cerveau reconnaisse le stimulus lorsqu'il nous sera présenté à nouveau.
Donc, meilleure sera notre mémoire.

Références

OUVRAGES CONSULTÉS:

La petite fabrique de l’image.(lexique intégré à la fin).1990. Paris: Editions. Magnard, France
Les médias et la communication audiovisuelle.1995. Paris: Éditions D'Organisation, France
Le photo-journalisme, informer en écrivant des photos. Sous la direction de Paul Almasy. 1990. Paris :
Éditions du CFPJ, Centre de formation et de perfectionnement des journalistes. pp.27-38.

Le dictionnaire des médias.1998. (sous la direction de Francis Balle). Paris: Larousse, Bordas.

WEBOGRAPHIE

Lexique sur la bande-dessinée: http://www.atelierbd.com/statik/index_lexique.htm
Le grand dictionnaire terminologique (Office de la langue française) : http://www.granddictionnaire.com/_fs_global_01.htm
Définitions des figures importantes de style en publicité: http://psychcom.free.fr/rhetoriques.htm


 Dernière mise à jour, décembre 2007.